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Transhumance animale et ‘’trans-humanité’’ politique au Sénégal : une analogie évidente!!!(Par Ciré Aw)

Posté par: Ciré Aw| Jeudi 10 mai, 2018 04:05  | Consulté 227 fois  |  0 Réactions  |   

 

Le terme  transhumance  vient des mots latins ‘’trans’’(de l’autre côté) et ‘’humus’’ (la terre, le pays);  il signifie au sens stricto-sensu une  migration  périodique de bétail vers des prairies plus abondantes .C’est donc un  phénomène , a l'origine, applicable  au monde animal et qui  désigne dans son acception primitive ou bestiale le mouvement naturel vital d'un troupeau à la recherche de vertes pâturages ou de sources de subsistance comme on le remarque chez les zèbres ou les buffles traversant les lacs ou les fleuves au péril de leurs vies. La transhumance animale apparaît de ce point de vue comme un mouvement instinctif ou spontané de l'animal à trouver des moyens de subsistances pour assurer sa survie. Vue   sur cet angle, cette migration animale ou transhumance est donc inscrite dans les gènes de l'animal ; en tant que telle, elle est loin  d’être volontaire ou  réfléchie .

Pourtant les termes de "transhumant" ou de "transhumance" sont de plus en plus utilisés dans l'univers politique pour caractériser ce mouvement- du terme grec " trans" - qu'effectue un homme politique quittant une formation politique pour rejoindre directement ou indirectement une autre formation politique. Motivée  par l'"instinct" de survie, comme c'est le cas pour la bête, la transhumance de l'homme politique résulte cependant d'un acte opportuniste, calculé, pensé découlant d'une stratégie de positionnement politicien visant à assouvir la soif de pouvoir ou de privilèges " de l'animal politique" qui sommeille en nous. En ce sens la transhumance politique devient ''trans-humanité'' du fait qu'elle atrophie l'humanité en nous  par une  corruption  des valeurs qui sous-tendent la vie  commune, par un divorce avec  la RESPUBLICA (la chose publique en latin) et  par  une consécration des intérêts privés sur l'intérêt de tous, par le triomphe des volontés particulières sur la volonté générale.

Ce phénomène de la transhumance politique existe certes depuis toujours et prospère dans plusieurs pays, mais sa récurrence, sa recrudescence et son intensité sont plus remarquées en Afrique et en particulier dans les pays où paradoxalement le multipartisme ,pour ne pas dire la démocratie "tropicalisée"  ou ‘’arithmétique’’ est en vigueur.

Au Sénégal, la transhumance est devenue le sport favorit de la classe politique de telle sorte qu'elle a réussi à faire voler en éclats les clivages idéologiques,  à brouiller les convictions politiques pour  céder  la place à un imbroglio politique impossible à démêler même  par les politologues les plus chevronnés. En effet, il n'est pas rare dans le paysage politique sénégalais de voir un trotskiste, se muer tour à tour à un marxiste-léniniste, à un socialiste et à un libéral radical.

La question légitime qu'on pourrait se poser, même si on sait que le champ politique n'est pas aussi rigide que celui de la religion, est celle de savoir comment un socialiste de souche peut-il renier en un laps de temps ses convictions idéologiques au point de se transformer en un libéral de vocation et/ ou de raison? Nul besoin d'aller chercher la solution à cette équation dans les prétendues justifications tirées par les cheveux que nous servent "les transhumants invétérés" du genre " Je suis intéressé par le peuple" ou encore ``quand le Président m'appelle, c'est un devoir de lui répondre’’. Au fond, quels que soient les alibis grotesques, les prétextes fallacieux ou les rhétoriques sophistiques dont les politiciens ont le secret; la raison principale qui commande leur mutation "partisane" n'est ni plus, ni moins que d'ordre pécuniaire pour ne pas dire de manière crue de type "alimentaire’. Certes le modus operandi peut varier ,mais la finalité est la même : il s'agit pour l'homme politique opportuniste  de se positionner pour bénéficier des "délices du pouvoir".

Les transhumants les plus téméraires ou les moins subtiles quittent simplement une formation politique moins ''lucrative ou "moins attractive’’ et sans transition aucune se retrouvent le plus souvent dans le parti politique le plus offrant; et c'est généralement le parti qui est au pouvoir. Les transhumants les plus stratèges ou les plus fins pour leur part, avant d'effectuer une adhésion directe au parti présidentiel, opèrent une feinte politique à l’orée des prochaines échéances électorales consistant à créer leur propre parti ou leur mouvement politique pour se donner une illusoire "bonne conscience" ou faire une "amande honorable" auprès du peuple .On assiste alors à une sorte de jeu d'échec politique où "le transhumant" cherche de son côté  à bénéficier des largesses du pouvoir et que celui-ci ,à son tour, essaie de tirer profit de ce partenariat de circonstance  en jouant sur  "la cupidité et la vulnérabilité" du premier.

Toutefois, bons nombres de transhumants politiques ne le font pas toujours par "choix politiques", car ils subissent le plus souvent le chantage du pouvoir lequel détenant des informations compromettantes à leur égard ou des rapports accablants envers leurs personnes, il brandit  ainsi la menace de poursuites judiciaires pour  enrôler ces ‘’nomades politiques ‘’ dans son juron. Ce"lambi Golo" politique (combats de gorilles en wolof) où cette bataille stratégique de dupes que se livrent ces deux "bêtes politiques" à savoir "le trans-humain"- Excusez du néologisme- je veux dire " celui qui est delà de l’humain’’ et le pouvoir ou le "monstre froid" pour reprendre les mots de Nietzsche ne placent guère les intérêts du peuple au premier plan.

Cette alliance   politicienne entre le transhumant et le pouvoir politique n’a d'autre finalité que le partage du ‘’gâteau étatique’’    et le pillage des ressources du pays. Autant affirmer que la transhumance n'a rien d'éthique ou de morale, car elle accorde la primauté aux désirs purement égoïstes, aux intérêts personnels, à la satisfaction immédiate des protagonistes; et elle ne s’accommode guère avec le  devenir de la nation. Sous ce rapport, la transhumance politique coïncide avec la transhumance animale par sa finalité à savoir la quête de sources de subsistance même si elles se  distinguent dans leurs modalités , car  celle animal est involontaire, spontanée et inscrite dans ses gênes alors que celle politique est voulue, calculée et mûrement réfléchie pour ne pas dire perverse.

Bref, une condamnation sans appel de la transhumance politique est plus que nécessaire pour assainir les mœurs politiques, pour éclairer le choix des électeurs, pour démasquer les opportunistes sans vergogne et sauver le peuple de ses "charognards " prêts à tout pour festoyer sur leur misère.

Ciré Aw

 

  

 

 

 

 

 

 

 L'auteur  Ciré Aw
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Ciré Aw
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