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L'INÉGALITÉ SOCIALE AU SÉNÉGAL EST -ELLE UNE FATALITÉ INDÉPASSABLE?

Posté par: Ciré Aw| Samedi 04 juin, 2016 18:06  | Consulté 665 fois  |  0 Réactions  |   

On n’a nul besoin d’observer à la loupe la société sénégalaise pour se rendre vite compte que les inégalités sociales évoluent de manière exponentielle et inquiétante.

Selon Alain Bihr et Roland Pfefferkorn:

''Une inégalité sociale est le résultat d’une distribution inégale, au sens mathématique de l’expression, entre les membres d’une société, des ressources de cette dernière, distribution inégale due aux structures même de cette société, et faisant naître un sentiment, légitime ou non, d’injustice au sien de ses membres.''

À la lumière de cette définition, on peut dire qu’au Sénégal l’inégalité sociale est une réalité non seulement patente mais elle emprunte des allures dramatiques qui risquent de plonger notre pays dans une instabilité permanente .

5% des ménages les plus riches s’accaparent de 47% des richesses du pays

Si on en croit à la CIA Facbook les inégalités sociales au Sénégal sont les plus criardes en Afrique. En guise d’illustration 5% des ménages les plus riches s’accaparent de 47% des richesses du pays, alors que 85% des personnes démunies vivent avec 28% des revenues. 54% des sénégalais vivent en dessous du seuil de pauvreté.

20% de la population les plus riches réalisant plus de 41% des dépenses annuelles totales contre 8,1% pour les 20% les plus pauvres

Le DSRP2 (Document de stratégie de réduction de la pauvreté) abonde dans le même sens et affirme qu’il y a un creusement des inégalités sociales au Sénégal, car les 20% de la population les plus riches réalisant plus de 41% des dépenses annuelles totales contre 8,1% pour les 20% les plus pauvres. L’enquête démographique sur la santé(2005) :»le risque pour un enfant de mourir avant l’âge de cinq ans varie de 183 à 64 pour mille selon n que le ménage appartient aux couches sociales les plus démunies ou les plus aisées.»

Au-delà des statistiques qui montrent la triste réalité de la montée de l’inégalité sociale au Sénégal, il y a lieu de s’interroger sur les causes d’un tel phénomène surtout dans un pays qui ne cesse de vanter sa religiosité et son hospitalité. S’il est vrai que les inégalités sociales existaient, qu’elles sont une réalité tangible de nos jours et qu’elles existeront sans doute dans le future, car s’inscrivant dans l’ordre ’’naturel’’ de l’humanité ou des sociétés ; certaines formes d’inégalités loin d’être une fatalité ou l’expression d’une volonté divine semblent avoir une origine sociale ou humaine. Faisant écho à la perspective marxiste qui soutient que ‘’la lutte des classes est le moteur de l’histoire’’, nous pouvons affirmer que l’inégalité sociale est l’expression d’intérêts antagonistes entre les couches sociales nanties et celles défavorisées. Si dans le passé ,au Sénégal, l’inégalité sociale avait un fondement traditionnelle ou sociologique, c’est-à-dire elle était consécutive au mode d’organisation sociale de la communauté en castes hiérarchisées à tel point que celui qui avait le malheur d’appartenir à une caste qualifiée d’inférieure était condamné à une sorte de soumission quasi définitive et arbitraire de ses «nobles» ou «maîtres» lesquels justifiaient «leur suprématie de naissance» par des arguments idéologico-métaphysiques.

une autre forme d’inégalité sociale initiée par les impérialistes français

Durant la période coloniale, le système des castes n’avaient certes pas disparu, ce n’est d’ailleurs pas le cas de nos jours; mais une autre forme d’inégalité sociale initiée par les impérialistes français apparut, celle-ci s’exprimait en termes de citoyenneté ou d’appartenance aux quatre communes (Saint-Louis, Rufisque, Gorée, Dakar) de sorte que celui qui était né hors de ces entités administratives devenaient un indigène corvéable à souhait et était délesté de tous droits et de toute sa dignité.

Avec la proclamation de l’indépendance en 1960, les pères fondateurs de la jeune nation Sénégalaise`à savoir Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Valdiodio N’diaye en stipulant une égalité formelle de tous dans la constitution, cherchaient à jeter les jalons d’une société juste et démocratique. Mais Mamadou Dia, président du Conseil d’alors ,en voulant donner corps à ses nobles idéaux de justice et de démocratie, en dotant des terres aux populations rurales, en leur fournissant des semences et des intrants ,en les organisant en coopérative agricole, et confisquant les privilèges de certains puissants marabouts; avait fini par s’attirer les foudres de certaines lobbies religieuses et politiques . Cette volonté de ‘’Maodo’’ de rétablir la justice sociale par le soutient des populations rurales démunies avait contribué à causer sa perte et avait conduit à son emprisonnement pour le fallacieux motif de vouloir fomenter un coup d’État. L’inégalité sociale dans le Sénégal d’aujourd’hui est le résultat de ces legs culturels, politiques, mais elle semble subir d’autres mutations ayant trait au mode de gestion du pouvoir et surtout à la mauvaise gouvernance.

En effet, la plupart des hommes politiques profitent de leur position dans l’appareil d’État pour s’accaparer des maigres ressources du contribuable tels ‘’des bandits de grands chemin qui se partagent le butin’’ mettant ainsi leurs gouvernés dans une situation de misère profonde. La majeure partie de l’aide internationale, une bonne partie des taxes destinées à la construction d’infrastructure, à l’agriculture, à la santé et à l’éducation sont détournées par une classe politique prête à tout pour spolier les pauvres citoyens, et une minorité de fonctionnaire oisive . À chaque fois qu’un régime accède au pouvoir, il crée une ‘’race’’ de politiciens opportunistes, de transhumants affamés ; il promeut une classe d’hommes d’affaires spontanés et sans scrupules qui ,en pillant le bien public, plongent la grande partie de leurs concitoyens dans un profond marasme .

C’est d’ailleurs pourquoi, au Sénégal ,le luxe insolent côtoie l’extrême misère sans que la conscience dirigeante ne soit choquée, car au-delà des discours politiciens, des campagnes électorales interminables, des batailles de positionnement partisantes, des sempiternelles déclarations d’intentions et de promesses électoralistes; aucun acte fort, aucune volonté politique hardie n’est posée pour corriger l’inégalité sociale. En réalité, l’accès à une alimentation suffisante et de qualité, à des soins de qualité, à une éducation performante, à un logement décent, est devenu hypothétique au point que des populations déshéritées, désespérées du tissu de solidarité sociale qui s’est disloqué, se lassent de s’en remettre au destin ou à Dieu Lequel était jusque là leur Ultime recours, pour s’adonner à des actes malhonnêtes, à la débrouillardise ou vont risquer leurs vies dans des voyages périlleuses vers l’occident.

Certes ,ce serait utopique de penser pouvoir abolir l’inégalité sociale, mais on peut tout au moins diminuer cet écart énorme qui existe entre les riches et les pauvres par une sorte de redistribution équitable des ressources du pays à travers un système de taxation des plus nantis comme cela existe dans certains pays développés ,par une gestion rigoureuse des deniers publics, par une décentralisation effective et non formelle des ressources et des structures de l’État, par une abolition du népotisme, du clientélisme politique , de l’affairisme d’État et une promotion du mérite, de la vertu et de la justice entre les tous les citoyens.

L’éminent économiste français Thomas Piketty, inspirateur des politiques sociales du président américain Obama , a soutenu dans son célèbre ouvrage intitulé Le Capital au XXI siècle qu’il est essentiel pour l’équilibre d’une société démocratique moderne de procéder à une répartition équitable des richesses par la régulation du capitalisme outrancier pour réduire les inégalités à défaut de les abolir.

Il est donc urgent de rétablir une justice sociale au Sénégal pour ne pas plonger notre nation dans un cycle malsain d’antagonismes entre une minorité extrêmement riche et majorité dramatiquement pauvre.

 L'auteur  Ciré Aw
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Ciré Aw
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